Mon amie, vous me demandez de vous envoyer un portrait de moi. Hélas, je ne dispose d’aucune photographie récente de mon visage. Mais, que penseriez-vous d’une description détaillée la plus fidèle possible ? Vous connaissez déjà mon âge, inutile de le préciser. Il vous suffira d’ajouter quelques rides oubliées, ou volontairement omises.
Ma chevelure n’a pas trop souffert du vieillissement. Peu de blancs parmi les châtains clairs. J’ai toujours porté des cheveux coupés assez courts, surtout autour des oreilles et sur la nuque, avec une raie côté gauche, c’est-à-dire à droite lorsque, le matin, je me regarde dans mon miroir. Quelques mèches s’échappent sur mon front, afin de masquer, certes inefficacement, les traces des tourments du passé. Je porte la barbe, taillée court elle aussi, avec de nombreux poils blancs au menton en galoche, ce qui porte mon âge avec plus de confort. Rien à dire sur les oreilles, parfaitement ordinaires et rosées. La peau de mes bonnes joues, rose elle aussi, contredit mon appartenance à la race blanche. Mais pour moi, la notion de race est totalement démodée, soit dit en passant. Vous l’aviez noté, je crois.
Le nez ? Ah ! le nez, quel personnage au centre de ma face ovale, surplombant une moustache brune et séparant les yeux, toujours un peu rieurs, comme si la vie n’était qu’une vaste farce ! J’arbore un nez droit, charnu, de taille moyenne, disons bien proportionné par rapport à l’homme qu’il précède en toute occasion.
Chère amie, vous voulez en savoir plus sur le miroir de mon âme, je vous comprends.
Mes yeux sont petits, ils ont la forme et la couleur de l’amande, et pétillent sous une quasi absence de sourcils. Ce qui fait de moi un vrai nordique, nonobstant la couleur de ma peau, c’est cette modestie dans le sourcil. Vous ai-je entretenu de mon sourire ? Pas encore !
Bouche aux lèvres minces, la supérieure peu visible sous la moustache, petites dents blanches et serrées, à peine montrées dans un sourire tout chargé d’ironie. C’est la situation qui veut ça. Bon, chère amie, en attendant la vérification de la pertinence de ma peinture, je vous embrasse du bout des lèvres, bouche en cœur et cœur en émoi.