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AEV09 : je vous embrasse … du bout des lèvres !

1 AUTOPORTRAIT

Mon amie, vous me demandez de vous envoyer un portrait de moi. Hélas, je ne dispose d’aucune photographie récente de mon visage. Mais, que penseriez-vous d’une description détaillée la plus fidèle possible ? Vous connaissez déjà mon âge, inutile de le préciser. Il vous suffira d’ajouter quelques rides oubliées, ou volontairement omises.

Ma chevelure n’a pas trop souffert du vieillissement. Peu de blancs parmi les châtains clairs. J’ai toujours porté des cheveux coupés assez courts, surtout autour des oreilles et sur la nuque, avec une raie côté gauche, c’est-à-dire à droite lorsque, le matin, je me regarde dans mon miroir. Quelques mèches s’échappent sur mon front, afin de  masquer, certes inefficacement, les traces des tourments du passé. Je porte la barbe, taillée court elle aussi, avec de nombreux poils blancs au menton en galoche, ce qui porte mon âge avec plus de confort. Rien à dire sur les oreilles, parfaitement ordinaires et rosées. La peau de mes bonnes joues, rose elle aussi, contredit mon appartenance à la race blanche. Mais pour moi, la notion de race est totalement démodée, soit dit en passant. Vous l’aviez noté, je crois.

Le nez ? Ah ! le nez, quel personnage au centre de ma face ovale, surplombant une moustache brune et séparant les yeux, toujours un peu rieurs, comme si la vie n’était qu’une vaste farce ! J’arbore un nez droit, charnu, de taille moyenne, disons bien proportionné par rapport à l’homme qu’il précède en toute occasion.

Chère amie, vous voulez en savoir plus sur le miroir de mon âme, je vous comprends.
Mes yeux sont petits, ils ont la forme et la couleur de l’amande, et pétillent sous une quasi absence de sourcils. Ce qui fait de moi un vrai nordique, nonobstant la couleur de ma peau, c’est cette modestie dans le sourcil. Vous ai-je entretenu de mon sourire ? Pas encore !


Bouche aux lèvres minces, la supérieure peu visible sous la moustache, petites dents blanches et serrées, à peine montrées dans un sourire tout chargé d’ironie. C’est la situation qui veut ça. Bon, chère amie, en attendant la vérification de la pertinence de ma peinture, je vous embrasse du bout des lèvres, bouche en cœur et cœur en émoi.

AEV09 : Au paradis

TROIS VOEUX
Soudain, je me suis senti au Paradis. Imaginez-vous la forêt amazonienne, des arbres gigantesques d’où de longues lianes ruissellent comme des filets d’eau. Il me prend tout à coup l’envie de m’y suspendre, puis de grimper tout en haut d’un banian. Je parviens épuisé mais ravi au plateau des cimes verdâtres, éclaboussées de soleil. À perte de vue, la canopée de la forêt vierge que des nuées d’oiseaux aux plumages multicolores survolent en harmonie.
De l’horizon s’approche de moi une espèce de martien bleuâtre. Il ne touche qu’à peine les houppiers, vole plus qu’il ne marche. Inquiet, je n’ose bouger. Peut-être passera-t-il sans me voir, moi, l’homme sans foi ni loi, l’incrédule, le sauvage ? Je tente de me camoufler derrière le feuillage du banian. Je le comprends rapidement, c’est inutile, le génie couleur de pervenche me débusque et fait mine de se jeter sur moi. Il s’arrête à portée de bras. Ses yeux, deux pistolets braqués sur moi, me transpercent. Je suis comme paralysé par le regard de ce nabot tout tordu. À la place du nez, une sorte de rose des vents et sous cette étoile à seize branches une bouche verticale qui articule avec un fort accent d’outre-tombe des mots brefs, hachés, télégraphiés : « Trouvé ! Gagné ! Vœux ! Trois ! À toi ! »
  • Quoi, je hurle, terrorisé !
  • Toi vœu ! Vœu pour toi. Vite dire.
  • Voler, je veux voler !
C’est sorti tout seul ! Voler a toujours été mon rêve. À peine ai-je formulé ma requête que des ailes me poussent aux omoplates et battent déjà pour me permettre de comprendre comment les secouer. De fait, de nouveaux muscles garnissent mon dos et je m’entraîne à remuer mes ailes d’un joli brun tacheté, un peu comme celles d’un grand rapace ; vautour ou balbuzard, vous voyez ? Avec beaucoup d’appréhension, je me lance pour un premier vol et ça marche. Ça marche ! Le génie se tord la bouche. Ce doit être sa façon de sourire. Je vole, je vole, je vole ! Je tente les virages sur l’aile, le piqué, le vol plané. Je recherche les courants ascendants, contemple l’immense forêt sous mes pieds. Peu à peu d’autres oiseaux m’accompagnent dans mon vol, de plus en plus d’oiseaux en fait. Certains tentent de me donner la becquée, d’autres de se reposer sur mes fesses plates, les plus hardis de se jucher sur mon crâne pelé. Je comprends soudain qu’ils cherchent plutôt à m’éloigner, à m’éliminer, à me tuer. Des tous côtés des nuées de volatiles envahissent le ciel, se regroupent en bandes organisées juste pour m’attaquer de concert. Pour eux, je suis un intrus, un étranger, un barbare, je dois disparaître. Dans mon affolement, j’ai totalement perdu le nord ; je cherche désespérément le génie qui a exaucé ce vœu stupide. Où se cache-t-il le croque-mitaine ? N’est-ce pas lui là-bas sur la cime de l’ébène foudroyé ? Je me pose près de lui, je ne sais comment, mes ailes sont déplumées, leurs moignons sanguinolents désormais atrophiés pendent sur mes fesses, inutiles et douloureux. « Sale monstre, fais quelque chose, que je lui lance ! »
  • Vœu deux ! Pour ennemi !
  • Espèce de babouin, même à ma femme, à cette furie, je ne voudrais rien souhaiter de tel !
Que n’ai-je fermé mon bec ! Qui vois-je débouler de derrière un nuage ? Une Harpia harpyja, énorme rapace à la crête ébouriffée, avec un visage de femme. Qu’a-t-il donc compris ce vilain personnage ? Une harpie avec le visage de MA femme ! Je la vois très nettement qui fonce sur moi, toutes ailes déployées et qui se pose à mon côté. La branche vacille sous son poids. Sa lèvre supérieure, crochue, me caquète quelque chose que je ne comprends pas. Certainement encore des reproches, que pourrait-elle me dire d’autre ? Elle hoche sa tête de rapace comme pour me délivrer un message dont je ne saisis absolument rien. Je baisse les yeux sur elle, puis sur moi et horreur, je lui ressemble. « Harpia harpyja toi-même ! », voilà ce qu’elle veut me faire entendre. Je me déteste soudain, je déteste ma femme, cette harpie, je déteste le monde qui m’entoure, je déteste la création toute entière.
Le gnome bleuté va encore écarter sa bouche en long pour nous demander notre troisième vœu dans son langage de déterré.
  • Vœu dernier ! Pour humanité !
  • Pour l’humanité ? Pour l’humanité ! Pour l’humanité …
Il hoche sa tête de fouine passée sous une semi-remorque.
  • Pour l’humanité ? Qu’on rase l’Amazonie, bordel !

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Un homme est en train de peindre une grande façade. Un faux mouvement le fait basculer et chuter sans gravité de son escabeau en laissant une grande traînée de peinture orange. Trois passants ont assisté à la scène et la racontent à leur façon.
Il s’agit d’un enfant de 8 ans, son père, et une septuagénaire.


Rémi


« Bonjour les enfants ! Asseyez-vous. Qui veut me parler de son week-end ?
  • Moi ! Moi ! s’exclame le petit Rémi.
  • Je t’écoute, Rémi. Qu’as-tu de si intéressant à nous raconter ?
  • Dimanche, mon voisin a fait un vol plané et s’est fracassé contre son mur, m’sieur.
  • Ah ? Tu peux nous en dire plus ? Je ne comprends pas très bien.
  • Ben voilà. Pour essayer de voler, mon voisin a posé un escabeau contre le mur de sa maison. Mais … je n’ai pas compris exactement comment, mais il est tombé. L’escabeau aussi, de l’autre côté. Peut-être qu’en poussant fort avec les pattes, heu ! les pieds, l’escabeau n’a pas tenu. Mon voisin s’est retrouvé sur le gazon les bras en croix ; il hurlait. Ça n’avait pas marché, enfin, pas volé ! Entre l’escabeau et le voisin, sur le mur blanc, une grande trainée de sang, un peu rouge orange. Pourtant, le voisin n’avait rien. Il hurlait contre ce « putain d’escabeau » ; c’est le gros mot qu’il a dit en se relevant.
  • Du sang sur le mur ? Tu en es sûr ?
  • Non, mais on aurait bien dit du sang.
  • Ce n’était pas plutôt de la peinture ?
  • Non, m’sieur, parce que, pour apprendre à voler, on n’a pas besoin de pinceau. »
M. Duvernet
« Chérie, notre voisin est tombé en voulant repeindre sa façade. À peine en haut de l’escabeau, celui-ci a dû glisser, ou bien s’enfoncer d’un côté. Patatras !
  • Il s’est blessé ?
  • Non, rien de cassé. Il s’est plutôt trouvé bête, surtout qu’on était dehors avec Rémi et qu’on a failli éclater de rire. Quand il s’est relevé, il a regardé de notre côté et haussé les bras plusieurs fois. On aurait dit qu’il battait des ailes comme un oiseau.
  • Il s’est remis à sa façade ?
  • Eh bien non, son pot de peinture s’était renversé sur la pelouse. C’est rigolo, en chutant, le rouleau a laissé une grande traînée orange sur le mur. On dirait du Miró !
  • Tu exagères ! Du Miró. Ce n’est pas gentil pour lui. Orange, dis-tu ? ça va être horrible !
  • C’est une belle couleur ! C’est gai ! Ici, on n’ose pas apporter cette note de fantaisie dans nos façades, on n’écarte que du blanc cassé, à la rigueur du rose pâle, jamais de bleu, ni de vert, ni d’orange. C’est une bonne idée, orange !
  • Tu lui as parlé ?
  • Au voisin ? Ben non, je n’ai pas osé ; il pestait contre son escabeau, contre la poisse, contre la terre entière. Et Rémi m’a posé une question juste à ce moment-là. Il m’a demandé si j’avais déjà volé. Je lui réponds « Non ! Et c’est mal de voler ». Tu sais ce qu’il a ajouté, Rémi ? « C’est bien fait pour le voisin, alors ? » Je n’ai rien compris. Toi, tu sais pourquoi il a dit ça, hein, chérie ? »


Rosalie
« Ma pauvre Paulette, je viens d’assister à une scène qui n’a pas manqué de me plonger dans l’expectative. Le monde est vraiment bizarre. Attends ! Moi d’abord. Tu connais les Duvernet ? Lui est au Conseil ; elle, c’est la préparatrice à la pharmacie. Non, pas la pharmacienne, la préparatrice, celle qui porte une blouse blanche avec une étiquette là. Tu la connais ? Oui, eh bien il a voulu faire dans l’originalité, le mari. Attends.
Moi, j’allais chez Jeanne lui porter un morceau de clafoutis, qu’est-ce qu’on a comme cerises cette année, soit dit en passant, je passais rue de la Passementerie, je ne te le fais pas dire, et je lève les yeux vers la maison des Duvernet. Je vois le type les mains sur les hanches. Il me tournait le dos. Il regardait sa façade. Une horreur ! Il avait décoré, enfin, quand je dis décoré, je devrais plutôt dire défiguré sa façade avec une grande vomissure orange. Elle démarre sous la fenêtre du premier étage et part vers la droite pour s’arrêter à mi-hauteur de la porte d’entrée. T’imagine la traînée !
Le peintre, je devrais dire le barbouilleur, levait haut les bras, sans doute de joie devant son chef-d’œuvre. Son voisin était là aussi avec son gamin, tu sais, le garnement qui dit jamais bonjour. Ça promet ! Ils regardaient aussi, l’air un peu médusé. Quel spectacle ! J’espère qu’à la mairie, ils ne vont pas nous imposer ça pour nos maisons. N’manquerait plus qu’ça ! Tu te vois, Paulette, avec une arabesque vert fluo sous la fenêtre ? Du rouge à lèvres autour de la porte du garage ? Où va-t-on, je te le demande ? Quoi ? Tu es au courant ? C’est dans le PLU ? C’est quoi ça, le plu ? Ah ! C’est pour apporter un nouveau cachet au village ? C’est la pharmacienne qui lancé ça ? C’est sûr qu’avec toutes ces zébrures sur nos maisons, la migraine va nous gagner. Elle en vendra des tas de boîtes, de ses cachets, la pharmacienne ! Bon, à toi Paulette. C’est quoi ta nouvelle à toi ? »

AEV09 : Cinéma

Sujet 1 : Tentez d’expliquer à une personne qui ne maîtrise pas bien la langue française deux des quatre expressions suivantes.- Pourquoi parle-t-on des quatre coins de la Terre, alors qu'elle est ronde ?- On remercie un employé quand on n'est pas content de ses services.- Pourquoi, lorsqu'on veut avoir de l'argent devant soi,  faut-il en mettre de côté ?- Pourquoi dit-on d'un pauvre malheureux, ruiné et qui n'a même plus un lit dans lequel se coucher, qu'il est dans de beaux draps ?

Être dans de beaux draps ! Bien sûr, c’est un euphémisme. En fait ça veut dire être dans de sales draps. Mais pourquoi dire le contraire pour exprimer une situation ? Hein ? Pourquoi ? En fait, c’est politique !
Écoute nos dirigeants : Ne disent-ils pas que nous, Français, sommes les plus intelligents de la terre, les plus courageux des travailleurs, le peuple le plus accueillant, France terre d’asile, nos femmes les plus belles du monde, nos zizis les plus vigoureux, notre système éducatif le plus efficace, que sais-je encore ?
Nos plages les plus Touquet, notre tour la plus Eiffel, nos grottes les mieux Chauvet, nos monts les plus Blanc.
Blanc comme les draps de couleur, car même dans la couleur, nous, les Français, nous dormons dans du blanc, du beau blanc, du blanc de blanc, avec des fleurs sur le rabat du drap de dessus. Quoiqu’il arrive, le sais-tu toi qui arrive, nous nous glissons dans de beaux draps ?
Elle vous a plu, mon explication ? Non ?

Merde alors, j’suis dans d’sales draps !

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Pour ménager ses arrières, il faut mettre de l’argent de côté, de façon à en avoir devant soi. Ben oui, de l’argent tout autour : devant, derrière, sur les côtés, la boucle est bouclée. Du pognon plein la ceinture du pantalon. D’ailleurs, elle vient de là, cette expression où la boussole s’affole.
Bref petit rappel historique : lorsque les banques n’avaient pas la mainmise sur le flouze comme aujourd’hui, les gens conservaient leurs écus autour du bide. Bien à l’abri sous le cuir de vache de leur ceinturon. Au fur et à mesure du remplissage, sitôt le devant garni, ils faisaient tourner leur ceinture en commençant par garnir les côtés, puis chargeant leur dos du trop-plein d’écus. C’est ainsi que pour glisser leurs économies dans les espaces situés à l’arrière, ils faisaient tourner le ceinturon d’un demi-tour. L’argent qui séjournait devant allait derrière en passant par les côtés puis repassait devant … et ce n’est pas le fougueux Magellan qui nous contredira, qu’à force de tourner autour d’un rond, on finit par revenir au point de départ. C’est ainsi qu’il a découvert la rotondité de la Terre, le vaillant amiral, ronde comme un ventre d’usurier, un corset, une flanelle, un bandage, une ceinture, une planète.
Mais aujourd’hui, pour ménager ses arrières, il faut plutôt voir avec les banquiers. : placer ses économies aux îles Caïman aux dents longues, puis les faire bronzer aux Bermudes, les expédier au Delaware, circuler il n’y a rien à voir, les faire fructifier au Luxembourg, ô duchesse, mon amour, et demander leur rapatriement en France, terre d’asile Basile, tout ça sur le dos du gentil contribuable. Joli voyage à l’échelle de la planète, qui comme chacun sait depuis Magellan, le malchanceux capitaine, est ronde comme une pièce de cent sous.

T’as tout compris ? Ça f’ra cent balles !


Sujet 2 : À la façon de « J’en ai marre / Marabout / Bout de ficelle / Selle de cheval » etc. écrivez un poème dont la syllabe rimante d’un vers est répétée au début du vers suivant.  (Il est recommandé, mais pas obligatoire, de boucler : que l’ultime syllabe du poème renvoie à l’initiale)



Cinéma ; Massachussetts ; Set de table ; Table à langer ; Geronimo ; Modigliani ; Ni oui, ni non ; Non, mais des fois ; foi d’animal ; Mal poli ; Littérature ; Turlututu ; Tutti quanti ; Tiramisu ; Surimi ; Misérable ; Rabelais ; Laideron ; Rond de cuir ; Cuirassier ; Scier des bûches ; Buche de Noël ; Noël Noël ; Noëlle Chatelet ; Laiterie ; Rigoletto ; Topographie ; Phylloxera ; Ravioli ; Liberté chérie ; Richard Wagner ; Nerf de Bœuf ; Bœuf en daube ; Doberman ; Manécanterie ; Riz thaï ; taille-crayon ; Rayon de bicyclette ; L’est-y pas finie cette idiotie ; Cinéma …

AEV09 : Panthermite

Sujet 1 : la syllabe

Qu’il est beau, le chat ! Ses yeux sont verts, ses poils comme du feu, ses dents n’ont que du blanc, bol de lait cru. Moi, je suis le lion, fort et doux à la fois, face à lui. Je fais du poids mais pas trop, je suis grand mais pas trop. Je te plais le chat ? Car à moi tu plais tant, je t’en prie, ne fuis pas, je suis doux, je suis gay, je te prends ; hop ! tu es pris, c’est la vie. Et tu geins telle une oie, et tu pleures ! Puis tu ries, chat de la nuit, et tu te moques, c’est du beau !
Des hou ! J’ai si peur du loup que je fuis à fond la caisse. J’n’ai même pas joui !


Bon, je vais voir plus loin un aut’ chat, plus noir et plus gai. Na !


Sujet 2 : sardinausore


La panthermite se tapie, se terre, se prépare à l’assaut. Devant elle, un arbre gigantesque, aux branches comme des racines, comme planté à l’envers, un fier baobab. Elle se dit quel festin je vais faire, quel garde-manger, quel mirador !
Le soleil lui cuit le dos, il lui faut de l’ombre, de la fraîcheur, du sang noir. Elle se nourrit de cellulose, de sève brute, de chair sombre, du sang noir de grand koudou ou laiteux de baobab. Déjà, la panthermite se repait du château de croûtes, des tours comme des cornes de gazelle, des palais éventrés, créneaux de dents, alignement de cotes desséchées que le soleil éclabousse. Elle rêve de morsures puissantes, d’os broyés, secs comme du bois mort, qui se brisent en esquilles, en brindilles, en poussière.
Elle grimpe au tronc puissant avec avidité, ses pattes s’agrippent à l’écorce brune, peau d’antilope aux pores fins où pénètrent griffes et mandibules. Elle s’élève pour mieux fondre sur sa proie, l’anéantir, la sucer jusqu’à la moelle, la réduire en cendre.
Mais l’arbre n’était qu’un mirage. Une illusion de festin. Alors la panthermite se tapie, se terre, et meurt de faim. Fin.



Panthère + thermite = Panthermite

aev09 : Tu me suis, Charles-Edouard ?

Sujet 1 : Acrostiche de "Camembert" 
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- Chéri, je suis si bien entre tes bras
- Amour, moi, aussi, je me régale avec toi.
- Mon roi, pourtant, vois-tu, je suis gênée.
- Éloïse, est-ce à cause de mes mains moites ?
- Manuel, que nenni, tes mains sont si parfumées.
- Beauté, alors quoi, ce sont mes yeux ?
- Eh non, ce sont tes pieds ; ils sentent le
  Reblochon et … la tartiflette
- Trésor, n’en fais pas tout un fromage.


Sujet 2 : Ecrire un dialogue "de sourds" où l'absurde est roi, façon Prévert
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Tu me suis, Charles-Edouard ?

Par le plus bizarroïde des hasards, j’ai retrouvé Charles-Édouard, mon vieux copain de lycée. Miracle de l’Internet, je suis tombé sur lui en tapant son nom sur Google : Charles-Édouard De Mansuel ! Comme patronyme, ce n’est pas très courant, il faut le reconnaître. Mais pour nous tous, c’était Charlie et lui-même préférait. Son nom de vieil aristocrate ruiné ne lui plaisait guère. 

Sur Internet, il était considéré comme le spécialiste de la chasse aux canards. Je me suis dit que pour un De Mansuel, ç’était assez comique. Puis, je me suis souvenu qu’à l’époque déjà, il nous avait parlé d’un étang en Sologne où il accompagnait son père les week-ends pour la chasse au gibier d’eau.  Ainsi, Charlie avait fait son chemin dans la vie avec un fusil dans la main ! Un gars qui avait peur de son ombre. Je brûlais de lui parler, de le revoir. Aussitôt je lui envoyai un e-mail pour me rappeler à son bon souvenir. Je lui communiquai aussi mon numéro de portable.

Il se passa un bon mois avant qu’un soir de février, alors que je suivais distraitement les blablas de Pujadas au journal télévisé, le téléphone se mit à retentir dans mon dos. Je sortis de ma torpeur et mis un moment avant de capter qui c’était.

" Baudoin, c’est moi Charlie. Tu m’as envoyé un e-mail. Je suis Charlie, ton vieux pote de bahut. Putain, ça fait un bail !

- Charlie ? Oh ! Charlie, comme je suis heureux de t’entendre ! Mais que deviens-tu ? Toujours la chasse aux canards alors ?

- Eh oui, on ne se refait pas, mon vieux. C’est pour ça que je ne t’ai pas appelé tout de suite. Dans ma cahute, là-bas en Sologne, je n’ai pas Internet, tu sais. Et c’était la pleine saison pour le colvert !

- Tu sais, Charlie, j’ai toujours souhaité te revoir. Je comptais te rencontrer dans la rue par hasard, comme au cinéma, ou au supermarché entre deux rayons. Mais le temps passant, j’ai compris que cela ne se ferait pas. Tu me suis ?

- Oui, je te suis. Mais il faut que je te dise, je ne sors plus du tout.

- Ah ?

- Depuis quelque temps, je ne sais pas pourquoi, tout le monde me suit. Il y a même des affiches qui le disent.

- Qui disent quoi ?

- Je suis Charlie. En grosses lettres noires, c’est écrit partout. Je n’ose plus marcher dans la rue. L’autre jour, j’ai dû descendre à Gien pour mes cartouches. J’allais peinard sur le trottoir. Je me retourne d’un coup, il y avait foule derrière moi. Ils me suivaient tous. Je m’engouffre chez mon armurier. Qu’est-ce que je vois sur la porte ? Une affiche invitant les gens à suivre Charlie. Je n’ai pas pu continuer. Je me suis effondré. Mais pourquoi moi, Baudoin, tu peux me le dire ?

- C’est à cause de l’attentat. Tu n’es pas visé, Charlie. Pas toi. C’est un affreux malentendu.

- Tu te rends compte, Baudoin, ils me privent même de la chasse aux canards ! "



PENSÉE DU MOIS

PENSÉE DU MOIS